Ethnologie et cinéma
Joli mai de Chris Marker, 1962
en coopération avec Jean Rouch.

 

Chris Marker est un cinéaste engagé et avec son ami Jean Rouch, ils vont se poser la question des répercussions dans la capitale de France de la fin de la guerre d'Algérie.

Ils orientent leurs documentaire autour d'interviews avec pour problématique les évènements marquants du mois de mai. Le support de l'entretien a été choisi par soucis de se préoccuper de toutes les classes sociales touchées par les événements. La neutralité est donc à l'honneur et invite à plus de souplesse dans la création d'un avis propre à chacun des spectateurs du documentaire.

le film n'est jamais sortie en salle et pourtant il posait tout les problèmes de la France d'hier.

Joli mai est d'abord une plate forme d'étude permettant d'aborder Paris comme une ville prospère avec de grandes difficultés notamment de misère, de fatalité. L'intégration est un sujet de poids et la façon dont les protagonistes sont vêtis et utilisent la langue établie le rôle de l'acteur face au spectateur reconnaissable aisément.

Les sujets tels que la politique ou l'économie ainsi que cette recherche de raison de vivre et d'espérance pour demain, citons ci-contre: "On n'a pas le droit si on croit que Dieu
à fait l'humanité, de la mépriser ou de la détester" est emprunt d'un sentiment profond de vouloir comprendre afin de mieux vivre.

Le court passage extrait du film en citation ci-dessous évoque le cheminement des stades d'une reconstruction progressive d'un homme au départ victime: de lésion cérébrale puis de suicide, de mort
et enfin de vie. Il s'identifie ainsi à la rue n°5 un détenu de paris:

"Quand ils sont venus me chercher, J'étais en train de labourer. Moi qui avais si peur de l'eau, Ils m'ont mis dans un grand bateau. Et j'ai quitté mon pays. Pourquoi les étoiles sont jolies ? Ici, le ciel est toujours bleu. Et moi ca me rends tout malheureux. Dites-moi si les nuages de mon pays sont ils toujours aussi jolis ? Ils m'ont donné un grand fusil. Mais moi je ne les connais pas ces gens là.
Je ne peux pas tuer ceux qui ne m'ont rien fait. Ils m'ont mis dans une prison. Pourquoi ne me laisse-t-on pas rentrer chez moi ? Quand vais-je revoir mon pays ?"

A la demande du journaliste, simple et tout aussi globale de "qu’ est-ce qu'on ne voit pas et qui vous fait peur ?" Les propos répondus étouffent la clarté à son paroxysme: "votre sort est celui des autres: tant que la misère existe, vous n'êtes pas riche, tant que la détresse existe, vous n'êtes pas heureux, tant que la prison existe, vous n'êtes pas libre."

La vie est porteuse de réflexion et le film est là, prête à la rendre consciente. Les images défilent très vite, on raccourcit au niveau du temps. Elles expriment ce rapport au logement, ces relations humaines. Tout ce que peut être la réflexion d'une vie.