Etude de film
Rencontre avec des hommes remarquables, 1978



Le film de fiction (en couleur, d'une durée de 1h47), sorti en 1978 " Rencontre avec des hommes remarquables " (Meetings With Remakable Men ) est une adaptation du livre autobiographique de Georges Gurdjieff, où il nous conte son parcours initiatique, du Caucase au Moyen-Orient, s'attachant à sa quête de connaissance et de spiritualité.
Le film de Peter Brook, qui est une adaptation littérale du livre, du visionnaire Georges Ivanovitch Gurdjieff, nous apprend comment un jeune homme lointain du village du Caucase au début de notre siècle va avoir l'intuition qu'il existe une connaissance de la nature essentielle de l'homme, et plus tard il acquerra la conviction que cette connaissance objective devra englober les exigences apparemment contradictoires de la religion et de la science. Le cinéma a du mal à suggérer. Il affirme la plus grande difficulté à faire apparaître une autre image que celle saisie avec une telle exactitude par la photographie. Comment montrer une action en surface et en même temps rendre palpable ce qui est derrière ?, Au théâtre, les techniques sont multiples : poésie, chant, danses, pirouettes.., avec la camera, le défi s'accentue. Filmer ce qui ne peut être vu frise l'impossible. Pourtant, des moyens subtils existent : les mouvements d'appareil, la couleur, le son, le montage et surtout le rythme sont d'autant d'alliés qui tendent des pièges à la réalité banale.
Que ce soit au cinéma ou au théâtre, le travail de Peter Brook, le metteur en scène de ce roman autobiographique, tourne toujours autour d'un seul et même impératif : rendre le visible plus transparent pour que l'invisible apparaisse.
Le choix de l'Afghanistan comme lieu de tournage pour ce film, a plusieurs vertus. Dans ce pays dense et isolé, visages comme les rochers témoignaient encore d'une spiritualité naturelle que les conflits d'aujourd'hui n'avaient pas encore dégradée. Brook va affirmer aussi ceci " Ainsi l'inconnaissable peut illuminer le connu et le jeu devenir le réflecteur de l'invisible ". Le style qu'ils ont tenté de traduire est celui du conteur oriental (Gurdjieff), qui, s'appuyant sur des faits réels, des événements, ou des coïncidences extraordinaires, parvient a susciter une autre image de la réalité. Au long de sa quête, Gurdjieff privilégie l'expérience directe. A l'intérieur de la fiction, les étonnantes danses sacrées " sont un document authentique, montré dans ce film pour la première fois, grâce a la collaboration de Jeanne de Salzmann, qui avait travaillé de très longues années aux cotés de Gurdjieff. "
L'argument principal du film qui pourrait se résumer à la marche initiatique de l'auteur vers la connaissance, rejoint au mythe de la caverne de Platon. Comme s'il existait un cristal de l'intention, capable de faire abstraction des obstacles, et qui aurait pu éveiller chez ce jeune homme une telle détermination, et mettre en évidence les qualités qui lui seraient nécessaires pour maintenir cette quête toujours vivante, celle de " chercheur de vérité ". " On les appelle des éveilleurs. Ces garnements insatiables ont la sagesse des grands découvreurs et l'attention particulière qui les fait devenir un jour passeurs d'émotions. A l'heure où la frange singulière du cinéma risque quotidiennement sa peau à se frotter au puissant capital, à l'heure où l'on ne sait plus où se nichent les images indépendantes et sans concessions, à l'heure où la nécessité d'une altérité se fait violemment remettre en doute dans notre société, le besoin de résistance devient urgent. Cette lutte passe par l'écoute de ces (é)veilleurs dont la rareté nous effraie. " ( Bernard PAYEN). Pour Gurdjieff, si l'homme veut s'engager dans une voie de transformation et d'évolution, dans une voie qui permet de travailler sur tous les plans (physique, émotionnel et mental) sans pour autant se retirer dans un monastère, la " quatrième voie " répond à ses attentes. L'enseignement de Gurdjieff s'inscrit dans la tradition de la quatrième voie. Il nous a transmis des outils de travail d'une richesse inépuisable, à condition de les pratiquer avec régularité et persévérance. *"...je considère comme le plus impérieux des devoirs de l'homme ayant atteint l'âge responsable [...] de transmettre à la postérité, selon son individualité propre, certaines connaissances profitables. J'aurais ainsi [...] l'espoir d'éprouver, à l'instant de mon dernier soupir, sans le moindre doute intellectuel, émotionnel ou instinctif, cette impulsion, sacrée pour l'homme, que les anciens Esséniens nommait "satisfaction de soi impartiale". Extrait de : La vie n'est réelle que lorsque "je suis" (voir : l'oeuvre littéraire ) L'homme n'est-il pas un mais trois hommes différents ? N'est il pas, comme dit Edgard Morin, Amour, poésie et sagesse ? Nous présenterons ces trois hommes par 3 " je suis ".
Le livre, adapté pour le cinéma par Peter Brook, offre une introduction au système de Gurdjieff et à sa problématique du sommeil, du rêve et de l'éveil, à la fois préambule, finalité, et cœur de toute initiation réelle, initiation au réel. L'ouvrage, dans la tradition livresque du maître, n'est pas un livre, mais une rencontre vivante, une conversation de café, un ensemble de dialogues et de regards interrogateurs, profonds, riches, qui laissent apparaître, la nudité de l'être. Un magnifique témoignage.



Le premier homme dit " je suis ", mais il ne fait que raisonner. " Il ne pense pas mais quelque chose pense pour lui ". Les comptes tenus majeurs de cette première partie graviterons autour de trois points majeurs : le développement d'une attention plus fine et d'une volonté plus forte ; des exercices de transformation d'énergie, de la plus dense à la plus subtile ; des méditations. On montrera que par l'utilisation de plans, le metteur en scène a l'art de porter l'intention du spectateur, de focaliser son intention sur le sujet qu'il veut faire passer en suggérant différentes situations.
On étudiera s'il s'agit d'un plan d'ensemble ou d'un plan de semi ensemble, d'un plan moyen ou d'un plan américain, d'un plan rapproché ou d'un gros plan. Donc, quel élément est privilégié ? On évoquera aussi l'importance du champ de la caméra.
Lors de la première scène, on présente des acteurs qui vont scander le premier acte : le père et le fils, progressivement, on accède à un plan d'ensemble du lieu de tournage : nous sommes au centre des montagnes de l'Afghanistan. La musique s'accélère, les différents types de plans s'enchaînent, l'attention est enfin porté, vers un lieu d'action, enfin …Il s'agit apparemment d'une fête traditionnelle. Afin de favoriser une vue d'ensemble, annonçant la situation et parallèlement l'action, le metteur en scène multiplie les plongées puis il présente rapidement des villageois et, en jouant sur les plans, il valorise ou d'efface certains des éléments du décor. Présentation de la scène ou les concurrents disputerons, chacun leur tour, le défi demandé par les chefs Ascochs après que les concurrents se soient installés, une rapide remémoration visuelle des lieux est affiché par un jeu de hors champ, champ large, champ étroit ; Le " présentateur " présente le thème " faire vibrer les pierres ", suit, un plan rapproché sur les candidats. Gros plan, sur la " tribune " ; l'un hoche de la tête, le match peut commencer. Alors que le candidat, joue un morceau de mélodie, on peut observer les différentes réactions du peuple, ainsi que leurs remarquable tenu vestimentaire, traditionnelles ; la chanson touche a sa fin, une rapide vue d'ensemble nous permet de se resituer par rapport au lieu de tournage : il s'agit d'une enclave au fond d'une " vallée " vertigineuse, les pentes des montagnes sont étroites ; un deuxième chant puis un troisième chant plus grave que le précédent. Nouveau plan vertigineux de la caméra, en direction du ciel. Le quatrième prétendu à relever le défi, un obèse cette fois ci, commence à jouer de la flûte, puis a chanter un chant, un futile tour de table et…les montagnes se mettent à vibrer, à chanter, c'est gagné.
Atmosphère envoûtante, fumée ; Un rapide aperçu du village ; on entre dans une modeste maison ; Protagonistes de la scène :le père, le fils et le prêtre. Ils parlent, puis un serpent jaillit sur l'escalier du fond ;Le metteur en scène, tout en conservant un champ étroit, utilise d'abord un plan rapproché pour situer l'action, avec une légère plongée sur le serpent , puis, après avoir reçu l'ordre d'attraper le serpent, un rapide gros plan sur Gurdjieff, toujours enfant, en contre plongée, de même sur le serpent en plongée, et l'enfant attrape le serpent par le cou, la vue ½ d'ensemble permet au metteur en scène de jouer avec l'ombre du garçon. Une fois la tache accomplie, un plan rapproché sur le père et le fils, l'expression est joyeuse. Durant la scène, reste en hors champ les figures du prêtre et du père synonyme ici de protection, de surveillance et de force, ce qui provoque la naissance d'une atmosphère tendu.
La musique joue le rôle d'unificateur et le son participe aussi à l'écriture cinématographique. On entend des sons aigus, c'est l'heure de la sortie des classes dans les villages; Les enfants courent, on notera une amplification du rôle du mouvement dès le début de la scène ( tout pourrait-il changer ?). Gurdjieff, interpellé par les doux yeux d'une demoiselle se tenant debout, et ayant l'air d'écouter de vagues paroles d'un jeune garçon, assis en face d'elle sur le coin de la terrasse d'un café, l'arrête un instant. Alors que Gurdjieff tente de reconquérir la jeune femme, on peut observer les signes extérieurs, rendant à la scène toute sa valeur expressive (on peut, à ce point, parler de hors champ ; il s'agit de l'imaginaire du spectateur, car au cinéma, on accepte de croire ce qu'on ne voit pas. Tout réside dans l'opération optique). Déjà, il y a les mouvements des passants, puis la mélodie qui inspire un rythme saccadé ; le son est très important au cinéma ; il permet d'aller plus vite dans l'histoire. Puis, on peut remarquer au fil du temps que le jeu de la séduction s'accélère, la couleur rouge, qui est autant porté par la fille que par le garçon étranger , jusqu'a lors au spectateur. C'est, certes, un indice subtile, mais qui porte un rôle d'identificateur et de lien, et qui peut-être aussi le message de la passion, la fougue, la folie juvénile. Le hors champ est souvent utilisé en vu d'une bonne compréhension pour le téléspectateur de la suite de l'histoire. En effet, par la suite de cette histoire autobiographique, on peut dire que le rouge a coulé ; Les deux jeunes hommes s'affrontent… Cependant, Gurdjieff prend le dessus. Enchaînement sur une nouvelle scène ; une échelle sort d'une trappe, de adolescents y montent. Du point de vue analytique : l'échelle, qui donne toute l'ampleur de l'image, traduirait une étape périlleuse à franchir et aussi cruciale dans le sens ou l'échelle est bien convoité ; une ribanbelle de jeune garçons, s'y précipitent…(Il y a ici mouvement dans l'image : la trappe et mouvement de l'image : les jeunes enfants qui s'agitent, on aura a en reparler dans la troisième partie) Le mouvement est ascendant ce qui laisse à supposer, que l'étape sera franchi. Les adolescents, rassemblés sur des poutres, discutent de la meilleure façon d'obtenir un duel. Ils en concluent pour un duel au canon. Puis s'engage en lui une méditation sur la mort, qu'il discutera avec son père.

 

Ensuite, le deuxième homme dit aussi " je suis " mais il ne perçoit que ses émotions, ce qu'il aime ou n'aime pas " Il n'agit pas mais quelque chose agit à travers lui ".
Dans cette partie, on étudiera l'étape intermédiaire du film, celle qui fait la poésie de la vie.. Mais n'a-t-elle pas des sources ? On s'intéressera à l'axe de la caméra ; Suivant l'émotion qu'il tend à aspirer, la camera film de haut, de bas ou suit un axe horizontal. On tentera d'Indiquer la fonction du contenu suivant les cas et d'illustrer davantage les sentiments en changeant donc l'axe de la caméra. S'il s'agit d'une plongée (plutôt propice à l'action, l'annonce d'une situation ), d'une contre plongée (axe tend à traduire l'expression, ne s'agirait-il pas plus d'un axe impossible et nécessaire ?) ou d'un axe horizontal (utilisé pour la présentation)? Du point de vue empirique, on mettra en valeur l'importance des mouvements et des danses sacrées qui permettent d'équilibrer les centres inférieurs et d'ouvrir à une perception plus fine de la réalité, puis, de l'écoute de la musique de Gurdjieff qui nous met en résonance avec d'autres plans vibratoires, et qui, joue un rôle important pour saisir davantage le récit de sa vie au cours du film. On évoquera l'étude approfondie de ses écrits (musique, énneagramme ..) à travers des lectures et des conférences afin d'élargir la compréhension intellectuelle de ses idées.
Gurdjieff est de jour en jour maître du gouvernail de sa vie, il fait ses preuves et commence à acquérir le statut de héro au près des téléspectateurs. Il enchaîne les actions victorieuses de ce genre, qui sont pourtant, de plus en plus fines. Après être passé chez son père, on voit le héros entrer dans une forêt miniature non loin du village, forêt qui peut être évocatrice d'esprits malins suite au jeu de certaines ombres et bruits étranges… Et là, un mouvement dans le film qui risquerait d'en intriguer plus d'un. Il s'agit d'un Yezide, qui, étant entouré d'un cercle, s'y trouve radicalement enfermé, emprisonné ; Gurdjieff poussé par une intention positive, efface d'un geste de son pied le coin du cercle afin qu'il puisse en sortir. Le yezide s'enfuit en courant. Curieux, le héros se rend au café afin d'en savoir plus sur cet étrange histoire; les plans sont pour la plupart des plongées : ils confirment le caractère que devrait inspirer la scène, l'émotion qui découle de la scène n'est qu'au stade de l'action, d'une présentation d'une situation parmi quelques autres…Il apprend en outre par le biais de quelques docteurs et scientifiques buvant de la vodka que " les Yezides sont des adorateurs du diable, le Diable ne les touchent pas , mais ils limite leurs liberté, pour cacher qu'ils sont ses serviteurs… "; ce n'est simplement que de l'hystérie….
Cérémonie de la clé : un vieillard, crie ; l'axe de la caméra est horizontal, le lieu de tournage est une salle en plein air, les gens forment un carré autour de la clé ; présentation en plans rapprochées suivant toujours l'axe horizontal de la scène ; Il parait que le mort, allongé sur la pierre taillé en forme de clé, au centre de la pièce, a été enterré hier, et qu'un esprit s'est dressé en lui pendant la nuit et l'a emmené ici, " il est mauvais ". Tandis qu'une autre personne enlève le cœur du mort, le metteur en scène réalise plusieurs gros plans en légère contre plongée, d'expressions, notamment de visages de femmes, impressionnant… on notera une tendance vers un certain sentiment de situation impossible et nécessaire. Le son est omniprésent dans cette scène à travers de longs sons graves et aussi tout au long du roman autobiographique. Car, disons le, pour Gurdjieff , l'écoute de la musique nous met en résonance avec d'autres plans vibratoires. Mais d ans ce domaine, sa formation technique était modeste. Persuadé que certaines musiques traditionnelles recelaient des connaissances cachées intraduisibles en mots, il acquit, au cours de ses voyages, une connaissance approfondie de la musique religieuse et traditionnelle du Moyen Orient et d'Asie Centrale. Grâce à une mémoire prodigieuse, il fut ensuite capable de reconstituer, parfois dans les moindres détails, des thèmes complexes entendus dix ou vingt ans auparavant. On distingue dans son oeuvre trois catégories de musique : des morceaux inspirés du folklore qui couvrent une large palette de sentiments, de la gaieté à la mélancolie. Les chants et les danses des derviches et des séides qui expriment une profonde nostalgie ou un dynamisme puissant. Ces musiques sont fortement intériorisées. Les hymnes et les prières qui font écho à des chants entendus dans les monastères de l'Asie centrale. Plus que les autres, ils sont une invitation au voyage intérieur. " Chaque position attire une énergie précise, dans une direction précise et dans un but précis. De ce point de vue on pourrait dire que les Mouvements constituent un langage ". Josée de Salzmann, maître de danse de Jean Claude Squinquel. Magazine Littéraire n° 131, Déc 1977. " Ces mouvements obéissent aux trois objectifs dévolus aux " danses sacrées " depuis la nuit des temps : Transmettre à travers les âges des vérités touchant l'Homme et l'Univers. Eduquer harmonieusement les centres inférieurs de l'Homme . Entrer en résonance avec les forces universelles "(Centre Gurdjieff). La scène qui suit a un caractère bref : le fils et le père, assis l'un à coté de l'autre dans une atmosphère sombre et obscure sont silencieux, elle produit une cassure .En effet, il y a cassure dans le temps puisque, dans les scènes qui suivent, Gurdjieff a grandi et cassure dans l'espace dans le sens ou il n'habite plus chez son père et n'est plus dépendant de lui. Puis, présentation de l'équipe ainsi que de ses recherches au prêtre : son copain Aissor, qui déniche tout, la femme à la lyre qui tente de comprendre le pouvoir des vibrations. Une véritable quête teinté de poésie, d'énigmes étranges, commence. On peut aussi concevoir qu'elle ne sera pas sans pots cassés… d'autant plus lorsqu'il s'agit de gagner de l'argent….Enfin bref, Gurdjieff accumule les indices que les anciens ont laissé sur leurs chemin. Dans des vestiges de temples, présentées sous forme de labyrinthe à multiples facettes (utilisation du contraste clair / obscur plus additionnement de plusieurs champs : large / étroit), il entame l'étude approfondie de ses écrits à travers lectures et conférences afin d'élargir une compréhension intellectuelle de ses idées. Puis un nouvelle indice est porté sur un lieu : la Confrérie de Sarmoung " fondée à Babylone 2500 ans avant Jésus-Christ " et sur un signe, ou plutôt symbole, qui, d'après ses recherches, rejoindrait le mythe de l'énnéagramme. " Vallée de Izroumin à 3 jours de Nivissi. " Le Jeune homme part donc accompagné d'un de ses amis, les autres étant trop préoccupés par le danger que cela impliquait. Suite a une mésaventure, ils se réfugient chez un prête qui s'avère être le détenteur d'une carte portant le même sigle que dans le livre. Il s'agit d'une carte de l'Egypte avant les sables. Dans la scène du lendemain, dès que le prêtre eu le dos tourné, Gurdjeff et son ami firent une copie du parchemin, avec l'entière conviction de se rendre en Egypte, son compagnon ne le suit pas.


Enfin, le troisième homme dit " je suis " et il agit automatiquement selon les réflexes établis en lui ou accidentels. " Il ne crée pas mais quelque chose est crée à travers lui ". On étudiera les techniques d'observation du corps, des émotions et du mental et on mettra l'accent sur le travail en groupe, qui permet de mettre à l'épreuve notre propre personnage et ainsi d'accroître notre vision objective par rapport à nous-même. On évoquera l'échange verbal des expériences afin de dynamiser notre recherche individuelle. L'étude filmique sera porté a analyser au plus près les mouvements et les grosseurs de plans. Arrivé en Egypte, sur un site archéologique, Gurdjieff aperçoit le prince russe. La scène est filmée suivant un axe horizontal : en arrière plan en haut à droite de l'écran, on distigue la silhouette de prince Russe parmi les pyramides, plus bas, en premier plan, un métronome et derrière, Gurdjieff qui l'observe, comme si on voulait évoquer, qu'ils ont tout deux un lien plus ou moins fort entre eux durant la troisième partie.
Changement de costume, Gurdjieff porte une tenue blanche uniforme et un chapeau rouge. Il est invité chez le prince russe, la scène est filmée suivant un axe horizontale, le prince lui fait part de ses instants tragiques avec sa femme, on est dans la salle, puis il enchaîne sur la rencontre de lui avec le derviche, ont est sorti du cadre du salon. Il lui dit qui lui fallait de l'aide, et lui raconte ses voyages. Gurdjieff lui fait part de sa ferveur pour apprendre, comprendre. On change d'arrière plan, il s'agit d'une ouverture recouverte d'une grille ; gros plan sur le Prince Russe qui lui lance un avertissement " Si c'est emmagasiner expériences et croyances…cela te ligotera et te coupera de la connaissance, la connaissance est directe, pas même une pensée ne doit s'interposer entre toi et ce que tu connaît, alors tu te vois tel que tu es et non ce que tu voudrais être, j'ai appris à quel point c'est difficile. "
Scène suivante : rencontre avec le derviche Boga-Eddin puis se rend dans le Haut-Boukara voir un être capable de répondre à ses questions celui-ci est assis en face d'un bon nombre d'hommes plus bas que lui. Ils se rendent dans une auberge. Un homme entre cette fois ci apparemment pour le russe, et, une suite de plans rapprochés immergent l'écran. Gurdjieff sort dehors, puis s'enchaîne un gros plan sur sa figure suivant un axe horizontal, l'atmosphère est au 3/4 sombre ce qui suppose que la scène suivante sera sombre, ce qui est effectivement le cas : le décor est un village : les gens marchent, le mouvement est ordonné. Le héros est conduit à défendre un truand à moitié fou qu'il a arraché des mains d'autres bandits dans un bistrot du village et se propose comme soutient .
La scène qui suit reste obscure : on y apprend qu'il existerait des vestiges d'une bibliothèque qui renfermerait des rouleaux secrets. Le montage reste tout de même intéressant on a d'abord un plan d'ensemble sur les 3 personnages, puis un gros plan, et, quand il s'agit d'expédition, on aperçoit en arrière plan des silhouettes mobiles : Le metteur en scène veut sûrement insister sur l'importance du mouvement. Lors de la tempête de sable, succession de plans rapprochés. Lendemain, 2ieme malheur, le truand fou est écrasé par un troupeau sauvage de chameaux. Le soir, ils révisent leurs plans,et se séparent. Ils sont deux, se rendent à la ville à la rencontre du Derviche Boda- Eddin. Ils entrent dans une salle, puis dans une autre : l'accent est porté vers le mouvement dans l'image : la porte et mouvement de l'image qui est ici traduit par l'agitation des personnages. Dans la scène suivante, les plans rapprochés de succèdent alors que le derviche fait part de ses visions à Gurdjieff : Il lui indique le chemin qui mène à la confrérie, la scène est filmé en contre- plongée. Le lendemain, à la ville, les deux compagnons tentent de gagner de l'argent en chantant, il rencontrent par la même occasion le père Giovanni qui les invite chez lui, La camera suit un axe horizontal, pour la plupart du temps, depuis l'apparition du père Giovanni. Finalement le compagnon de Gurdjieff reste avec le père Giovanni, car, dit-il, il n'a plus rien à chercher ; tandis que le héros du récit s'engage dans un long chemin en direction de la confrérie des Sarmoung. Elle scoffdisk1exe par un obstacle : la traversée périlleuse d'un pont en piteux état ; grincement des planches, bruits incertains. Puis, il arrive, dans une sorte de forteresse, dont les pièces s'apparentent à un modeste palais. Il y retrouve son vieil ami le Prince russe qui lui fait visiter les différentes pièces : danse et mouvements sacrées y sont manifestées : elles sont pour eux comme des livres. On peut constater le port de costumes et une importance attaché aux chants. Une des danses est guidé par une armature en bois, qui sert d'appui, de carte, en vu d'obtenir certaines postures. La danse qui suit joue sur la différence et pourrait supposer avoir des liens, par l'idée de superpositions de couches, à la conjoncture de Kepler (cf. : thème de l'orange). La danse suivante, avec vue d'ensemble sur la scène, se construit à partir d'une figure mathématique gravé en blanc sur le sol. La quatrième danse pourrait s'apparenter à une quête vers l'équilibre, dans le sens ou elle suit le même schéma que la balance, comme si il s'agissait ici de parler du tribunal. La couleur dominante et celle de la terre (cf. : costumes). La danse ici présenté peut aussi faire référence à l'eau (Ouverture vers le ciel par les fenêtres, sources de lumière), à l'insondable, au péril, au danger, au Nagual ( à l'opposition du tonal) :le fou qui danse au milieu crée en effet surprenant de mouvement. Elle peut suggèrer implicitement qu'en effet la terre est avant toute chose une planète bleue. Une nouvelle danse s'affiche, à l'image du jeu des plaques tectoniques ; les tremblements qui sont produits inspirent la chute, le sentiment d'un certain malaise. Enfin, gros plan sur deux danseurs habillés de blanc qui tournent en rond, puis plan d'ensemble de la scène, à côté d'eux plusieurs personnes forment un cercle; la danse a lieu sur une terrasse, avec vu sur les montagnes. (références aux cyclones, aux anti-cyclones ; au trou noirs peut-être, au phénomène de la spirale). Les chants confèrent à la scène un caractère solennel, éternel.



La réalisation du grand metteur en scène de théâtre Peter Brook, peut, à première vue, nous toucher par cette quête spirituelle ayant pour but la connaissance fondamentale du sens de la vie humaine. Cela devient encore plus pertinent quand on sait que cette science millénaire est colportée par la musique, la danse (entendues et montrées dans le film grâce à l'une des élèves de Gurdjieff, ce que ne donnait évidemment pas à voir ou à entendre le livre) et les histoires. Les impressions que laisse la première lecture de ce dernier, sont incompréhension, mystère et étrangeté. On se rend compte rapidement, que cette œuvre, s'inscrivant entre un genre ethnologique et une quête initiatique vouée à la recherche de la vérité, offre plutôt un intérêt particulier lorsqu'on s'intéresse aux rencontres de voyage de l'auteur à la recherche de la Confrérie Sarmoung fondée il y a plusieurs millénaires a Babylone. Sa quête, de Russie en Anatolie, transformera sa vie. A ce point, on pourrait citer un passage de l'ouvrage La vie n'est réelle que lorsque "Je suis", éd. stock, Paris 1976 de Gurdjieff " J'ai eu la possibilité, suivant les conditions particulières de ma vie, d'accéder au prétendu saint des saints de presque toutes les organisations secrètes - sociétés, congrégations, unions ou partis religieux, philosophiques, occultes, politiques et mystiques - lesquels étaient inaccessibles à l'homme ordinaire." " L'un des résultats les plus pernicieux d'une éducation partiale est que les perceptions et les manifestations de l'homme moderne qui finissent par se former à l'âge responsable ne sont pas l'expression consciente de son être comme un tout mais représentent uniquement les résultats de réflexes automatiques d'une partie ou d'une autre de sa présence intégrale. La psyché générale de l'homme moderne est divisée en ce que l'on pourrait appeler trois entités complètement indépendantes qui ne tolèrent aucune relation les unes avec les autres et qui sont également séparées dans leurs fonctions et manifestations, alors que, selon les données historiques, ces trois sources forment dans la majorité des gens, même au temps de la civilisation babylonienne, un tout indivisible qui apparut immédiatement comme étant le dépositaire commun de toutes leurs perceptions et le centre duquel émanaient leurs manifestations.[...] l'homme moderne est représenté par trois hommes différents en un seul être ; le premier de ceux-là pense d'une manière isolée des autres parties, le second ne fait que sentir et le troisième agit exclusivement de manière automatique en accord avec les réflexes établis ou acquis accidentellement par ses fonctions organiques. Ces trois hommes en un, devraient représenter, conformément aux prévisions de Dame Nature, s'ils avaient été réunis à l'âge responsable, l'homme tel qu'il devrait être : un homme sans guillemets, c'est-à-dire, l'homme véritable." Donc , le premier pas vers la conscience de soi est la prise de conscience de son propre dysfonctionnement. Quand l'homme commence à être attentif à son mode de fonctionnement, il s'aperçoit qu'il n'est pas maître de lui même, que ses désirs, ses pensées, ses actes peuvent être contradictoires ou conflictuels ; car chez l'homme contemporain, le travail des centres psychiques est presque entièrement déconnecté. Fonctions motrices, émotionnelles et intellectuelles n'agissent plus conjointement mais sont, au contraire, le plus souvent dissociées. Trois points principaux peuvent caractériser la recherche initiatique de la vérité ; Elle enseigne le comment. Elle emprunte un chemin raccourci et permet une transformation accélérée. Elle éduque la volonté pour se donner des buts et pouvoir les atteindre. Ces techniques pratiquées en groupe ou expérimentées dans la vie courante doivent permettre à l'Homme d'acquérir une nouvelle vision de lui-même, différente de celle qui s'est constituée tout au long de son éducation ou en raison des conditions de la vie moderne. Elles doivent lui permettre de construire pas à pas son unité intérieure. Dans cette école l'élève fait des expériences qui s'intègrent ensuite dans sa vie d'Homme, cette grande école de la conscience. Longtemps occultés par certains de ses disciples, Les clés, les chemins qu'une certaine métaphysique quantique explique, dont certains traits, exercices, sont diffusés dans l'ouvrage " Rencontre avec les hommes remarquables ", sont fondamentaux. Leur mise en œuvre, soigneusement étudiée, aiguise notre attention et cristallise en notre être les impulsions sacrées qui sont l'apanage de " l'homme réel ".Clé secrète et privilégiée pour l'accès aux états de conscience supérieure, certains d'entre eux constituent en outre la préparation requise indispensable pour l'étude des mouvements et des danses sacrées. Ils peuvent se répartir en 3 niveaux : Le niveau Exotérique et débutant regroupe les exercices destinés à l'éducation de l'attention. Ils constituent la première étape vers la découverte de soi. C'est le stade de l'œuvre au noir dans l'enseignement alchimique. On accède à l'idée du cristal de l'intention, phénomène à rapprocher avec le mythe de la grotte de Platon. Le niveau Mésotérique ou intermédiaire, il traite de la transformation et du raffinement des énergies dans la machine humaine. En termes alchimiques, c'est l'œuvre au blanc, soit le passage du " vieil homme " à " l'homme réel ". L'étape permet d'identifier les axes, les directives ; La dernière étape, l'œuvre au rouge, révèle dans sa splendeur la " chrysopée " ou " pierre philosophale ", Elle correspond au niveau ésotérique ou supérieur de l'être. Et pourrait se traduire par l'existence d'une immense école de la conscience dont certains dessins mathématiques correspondrait à leurs identifications….(cf : Chryzodes " un voyage à travers les nombres ").
Dans le film, c'est comme si le temps semble s'être éclipsé de cette histoire qui se déroule pourtant chronologiquement, mais qui suit un autre fil : celui de la quête de Gurdjieff qui chercha d'abord à se découvrir par les voyages et l'ésotérisme (Brook fut un disciple de l'enseignement de Gurdjieff). Comme si Peter Brook affiche une volonté d'apprendre à se "désapprendre" ; il en fera de même avec le théâtre pour mieux en retrouver l'essence. Donc, avide de trouver une source de sérénité, à travers un enseignement inspiré par celui de Gurdjieff qu'il suit depuis de nombreuses années, et celle de porter en lui une soif inépuisable de recherche, du théâtre au cinéma et à l'opéra, Brook s'inscrit dans les expériences d'avant-garde des années 60, au travail sur l'improvisation mené dans les années 70, jusqu'aux mises en scènes les plus prestigieuses (cf : spectacles improvisés sur un tapis dans les villages du Niger...). Le sens de la vie ne doit il être pas déchiffré dans une attitude de l'esprit qui ne nous est pas familière, une attitude " ouverte ", ni exclusivement matérielle, ni exclusivement spirituelle ? Ne faut il pas apprendre à se mouvoir, à penser, à agir avec tout son corps, avec la participation de son Être. Cette façon d'être là, avec la vie, lucide, confiant, peut devenir une force puissante de transformation, un art de vivre dynamique qui ouvre à l'universel. Il faut avoir présent à l'esprit que le champ de l'histoire couvre au maximum sept mille années. Il est incroyablement court si on le compare à la durée de l'espèce humaine. " Si nous assimilons l'existence de l'humanité à la vie d'un homme, l'ensemble de ce que nous appelons l'histoire représenterait à peine une journée de cette vie " (Jacques Madaule). Je pense à cette phrase de Jung tirée de "L'âme et la vie" 2 : " Mais qui donc a pleinement conscience que l'histoire ne se trouve pas dans de gros volumes, mais inscrite dans notre sang ?".
Peut on se libérer du " jeu de l'oie " des questions - Qui, Que, Où, Quand, Pourquoi, Comment ?..., car c'est se libérer du " jeu de l'oie " de l'existence. Le labyrinthe des questions nous enferme dans son piège centripète qui s'auto-nourrit, et nous demeurons son prisonnier. Il arrive un jour où l'on sent que l'on est deux : un personnage dans un corps en correspondance avec son environnement, et quelque chose d'autre, comme un témoin invisible et muet, toujours présent. À partir de là s'opère une rupture qui brise un rythme. L'existence continue apparemment sans changement, mais plus rien n'est semblable.
On sait que le corps va mourir un jour, mais qui le sait en est indépendant, et la mort ne le concerne pas. Cela est une certitude inexprimable et qui ne demande aucune explication pour être. Il suffit de demeurer disponible à son expression en Soi, disponible à son écoute.." il existe des centres de force, les uns invisibles, les autres visibles, c'est-à-dire habillés d'ondes captives matérialisées temporairement " (Ilya Prigogine). Ne sommes nous tous pas au centre de forces habillées d'ondes matérialisées temporairement ? Quelle perspective pour l'esprit humain à l'aube du troisième millénaire ? Le processus du développement de la conscience humaine en action dans le travail intérieur. Des niveaux de sensibilité laissés dans une autre sphère, dans une autre couche, établiront instantanément, dès lors qu'ils seront réveillés, des accords de résonance avec des expressions d'intelligence inconnues dans lesquelles nous avons notre être...Les morts ne sont pas dans le monde d'après l'existence. Ils sont ici, ils sont nous, qui dormons et rêvons notre condition humaine.. Ne vivons nous pas dans le despotisme du langage qui nous fait oublier que les mots ne sont pas la chose qu'ils représentent ? Parce que nous nous mouvons dans un monde d'étiquettes et dans la mémoire codifiée de ces étiquettes. Nous existons au dixième de nos potentialités. A ce point, On peut évoquer les propos de P.Brook au cours d'une émission télévisée, lorsque Bernard Pivot posa la dernière question à son invité: " À la fin de votre existence, lorsque vous arriverez devant Dieu, que souhaiteriez-vous qu'il vous dise ? " Peter Brook répondit : " Les répétitions sont finies ".Ce pourrait il qu'à l'instant de la mort, l'énergie-vie-conscience se sépare du corps et retourne à sa source emporte, intégrée à son essence, la moisson du vécu au cours de son existence. Moisson organique, psychique, mentale qui sont sa Mémoire cristallisée. Car Je m'éveille à l'accord d'une résonance qui me fait participer et ne plus subir. C'est une perception inexprimable dans notre langage. Mais à son contact, mes interrogations anxieuses sur le troisième millénaire volent en éclat : il sera la victoire de l'esprit sur l'ego immature de l'humanité.Au terme de ce deuxième millénaire, le XXe siècle, qui vit ses dernières années, est d'une certaine façon révélateur d'une métamorphose : celle de la puberté de l'âme de l'humanité. L'âge de tous les doutes et de tous les espoirs s'exprime à travers une transformation de l'humain à l'échelle de la planète, répercutée chez les hommes, c'est-à-dire nous-mêmes (in : Nouvelles Clés, La Nature de l'Homme)